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Le monde par la petite porte

Le monde par la petite porte

Posté le 10.06.2001 par Anastasia

Pour son retour au cinéma, Benoît Poelevoorde nous gratifie de ses dons de scénariste. Il a en effet co-écrit Les portes de la gloire, le premier film de Christian Merret-Palmair, réalisateur des Cahiers de Monsieur Manatane sur Canal +. Un film drôle et émouvant, un miroir où il ne fait pas toujours bon se regarder.


Des rues pluvieuses et lugubres, des zones pavillonnaires à n’en plus finir : le nord de la France. Christian Merret-Palmair nous entraîne dans ce décor glauque pour suivre les aventures d’un dilettante qui fera son chemin. Jérôme Le Tannec (Julien Boisselier, inconnu mais prometteur) fait ses débuts dans le porte à porte pour les éditions Pégase. Il est par ailleurs, le futur beau-fils du boss (magnifique Jean-Luc Bideau). Supervisé par trois VRP au look tel qu’on pourrait les croire sortis d’un film de Bertrand Blier, le voilà confronté aux dures réalités d’un métier ingrat où la porte vous claque souvent au nez. Leur petit groupe est chapeauté par Demanet (l’inénarrable Benoît Poelevoorde), un manager psychotique qui s’identifie au Colonel Nicholson du Pont de la rivière Kwaï.

Moineau, fan invétéré de Michel Sardou, macho et franchouillard (Yvon Back, décalé), Sergent, cinquantenaire râleur et blasé (Etienne Chicot, égal à lui-même) et Balzac, doyen appliqué (Michel Duchaussoy, un vrai bonheur) trimbalent à leur suite ce trentenaire hésitant et maladroit. Nos compères sont chargés de vendre une encyclopédie en cinq volumes écrits par le philosophe Ralph Spiegel, censée avertir le public des dangers qui guettent la planète. Leur commerce repose entièrement sur la crédulité des gens qui cloîtrent leur misère derrière les volets.

Le film est une succession de saynettes passionnantes. Demanet est un personnage tout en contradictions, touchant et irritant à la fois, on s’attendrit sur les déconvenues du néophyte qui a bien du mal à se plonger dans le bain. Les répliques trempées d’humour belge font mouche. Demanet jette un coup d’oeil sur la photo de la fiancée de Jérôme : “Elle a une grosse tête”. Moineau conserve religieusement un poil pubien appartenant à Michel Sardou : “Tu l’as vu tomber de sa bite ?”

La réussite du film réside dans le fait que l’on ne s’apitoie jamais ni sur la bêtise, ni sur la malchance des personnages. Le drame côtoie quasiment en permanence la comédie dans un mariage assez inégal mais réjouissant. Les gags paraissent avoir été plaqués à la va-vite sur la trame narrative. Cependant, on peut regretter une certaine absence de légèreté dans le propos. On rit, mais on rit gras. On passe malheureusement totalement à côté de la satire comico-réaliste qui fait la gloire des cinéastes britanniques.

De ce fait, la surenchère dans le burlesque et le jeu outré de Benoît Poelvoorde sont plutôt à déplorer. Drôle, il n’en est pour autant pas crédible. Sa dérive mentale nous semble lointaine et inaccessible. Les références cinématographiques au Pont de la Rivière Kwaï et à Taxi Driver sont bienvenues, mais le décalage comique ne tient plus la route face à la retenue et la nuance d’un Etienne Chicot vitaminé et d’un Michel Duchaussoy plus vert que jamais. Benoît Poelevoorde ne devait pas jouer le rôle de Demanet au début du projet. Il aurait en effet mieux fait de s’abstenir. Sa prestation déséquilibre l’ambiance qui hésite entre franche poîlade, humour noir et drame social.

C’est bien là le seul défaut que l’on puisse trouver à ce premier film de qualité. Nul doute que ce début prometteur augure d’une belle carrière dans le cinéma français. Voilà un cinéma d’hommes, un cinéma humain à hauteur du regard.


Les Portes de la Gloire, sorti le 13 juin 2001 sur les écrans.



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