Le scénario français en crise
Posté le 00.06.2001 par Anastasia

« Josiane trompe Jean-Michel, Jean-Michel va s’en plaindre à Pierre, et tout le monde finit au restaurant. » C’est en ces termes qu’un producteur allemand a résumé sa vision du cinéma français à Catherine Hertault, scénariste du film Pourquoi maman est dans mon lit ?. Les scénaristes français sont les premiers à s’alarmer face à la détérioration de l’écriture cinématographique en France. Ils dénoncent en priorité un dramatique manque de moyens, une mauvaise gestion du système et surtout la frilosité des instances politiques.
Pour combattre ce mal-être récurrent, la ministre de la Culture, Catherine Tasca, vient d’adopter 4 mesures inspirés par le rapport Gassot sur l’écriture et le développement du scénario. Le rapport du célèbre producteur français constate l’ampleur des dégâts. Le cinéma n’investit que 2 % du budget total d’un film dans l’écriture du scénario en France, le tiers des sommes consacrées à la promotion. En comparaison, le cinéma américain investit 10 % dans l’écriture. En conséquence, la tâche des scénaristes est dévalorisée, ils sont mal payés.
« En France, il y a cette notion que tout le monde écrit et que l’écriture ne vaut rien, affirme Thierry Bourcy, scénariste pour la télévision. Or, il est normal de dépenser de l’argent pour l’écriture. Quand ce sera rentré dans les mœurs, tout le monde sera plus décontracté. » Il existe un réel mépris pour l’écriture de l’industriel en France et un manque de formation flagrant.
Le statut de scénariste ne figure même pas dans la nomenclature des métiers du cinéma formulé par le CNC*. L'ANPE le place dans la catégorie des « écrivains ». Il ne possède donc pas de statut professionnel. Se lancer dans l’écriture d’un scénario à l’heure actuelle est un projet risqué, qui laisse apercevoir peu de lendemains qui chantent. En effet, la plupart des auteurs ne dépassent pas le SMIC. Un tiers des films français sortis en 1999 (50 sur 150) ont assuré un revenu inférieur ou égal à 200 000 F à l’auteur du scénario. Quand on sait qu’un scénariste produit rarement plus d’un scénario par an et le plus souvent en collaboration, le salaire s’élève à 100 000 F par an et par auteur, soit 8 000 F bruts par mois, pour un scénariste actif sur trois.
Le ministère de la Culture prévoit la création d’un bureau d’accueil au sein du CNC visant à orienter et informer les auteurs sur les aides accordées par différents organismes. Thierry Bourcy approuve en arguant que cela faisait longtemps qu’il réclamait une synthèse des aides disponibles et une réelle communication sur le sujet.
25 bourses du premier scénario, dotées de 40 000 F chacune, seront remises chaque année. Pour Catherine Hertault, « c’est faire une pratique d’Etat d’une pratique qui a déjà été proposée de façon individuelle par des organismes professionnels. » L’écriture demande du temps, de l’investissement personnel et un soutien financier constant. 40 000 F semble une aumône pour des auteurs qui en sont souvent pour leur frais.
Un soutien financier à l’écriture à hauteur de 80 à 150 000 F a été voté. Parallèlement, un relais financier pouvant atteindre 500 000 F a été prévu pour les producteurs ayant déjà investi dans un projet. Pour Catherine Hertault, c’est un vrai engagement politique. « Mais il faut être vigilant sur la façon dont cela va se passer. Quelles sont les personnes qui vont composer les jurys et sur quelles bases elles vont se décider. Le choix d’un script est extrêmement subjectif. Au CNC, de vieilles habitudes ont été prises. Tout dépend du matériau de base demandé aux auteurs pour une candidature. »
Ce financement est cependant contestable du fait qu’il ne sera accordé qu’aux seuls scénaristes ayant déjà écrit pour le cinéma. Thierry Bourcy dénonce l’ostracisme exercé à l’encontre des auteurs du petit écran. « N’importe quel scénariste qui aura écrit le pire des nanars pourra en bénéficier. C’est toujours la même mafia qui va prendre l’argent. » Il serait dès lors encore plus difficile de passer de la télévision au cinéma. Thierry Bourcy envisage donc de protester avec le syndicat… ou de demander la bourse du premier scénario. « Après 16 ans de carrière, ça pourrait être drôle ! »
* Centre National de la Cinématographie : organisme d'Etat qui dépend du Ministère de la Culture
Juin 2001
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