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Future star au Conservatoire

Future star au Conservatoire

Posté le 00.08.2001 par Anastasia
Photo L'Express

Anna Mouglalis a été révélée au grand public, en février dernier, par le film de Claude Chabrol Merci pour le chocolat où elle apparaît aux côtés d' Isabelle Huppert et de Jacques Dutronc. Elève du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique, elle est issue de la promotion 2001 et nous raconte comment elle a vécu le concours d'entrée.


Dans quelles conditions vous-êtes vous présentée au concours d’entrée du Conservatoire ?

Je suis arrivée de Nantes à Paris pour faire une hypokhâgne, mais ça a été une désillusion. J’ai rencontré par hasard un metteur en scène dans le métro. Il m’a proposé de faire de l’assistanat dans le théâtre privé, mais c’était tellement grotesque, tellement n’importe quoi : il y avait des histoires de sous, on travaillait sur des textes pas intéressants, c’était plus de l’esbroufe qu’autre chose.

J’ai été tellement déçue par cette expérience que j'ai décidé de me tourner radicalement vers le théâtre et de passer le concours du Conservatoire. J’ai pensé que je pouvais y avoir une place. Il y a des gens qui n’ont rien à y faire et qui ont leur place. Pour moi, l’école publique, c’était important. Il y a des boîtes qui font payer des fortunes pour le même enseignement, ce n’est pas normal.


Comment avez-vous préparé le concours ?

J’ai préparé le concours seule. J'étais allée voir l’Ecole Florent pour préparer le troisième tour, mais ils ne pouvaient pas me prendre. Quand on répète tout seul, on n’a pas de local, on n’a pas de réplique, alors j’ai opté pour un monologue. J’ai présenté le monologue de Méroé dans Penthelisée de Kleist, dans une traduction de Julien Gracq, pour la partie moderne et L’Ecole des Maris, une pièce en vers de Molière, en scène classique.

J’ai tapé à plusieurs portes, dans des cours de théâtre, certaines personnes m’ont permis de travailler, m’ont conseillée. J’ai également été dans un squatt de comédiens, Porte de la Chapelle, et j’ai travaillé avec Richard Lucas.

En fait, c’est sûrement plus simple pour les gens qui présentent le concours seuls. Ceux qui travaillent avec un prof se retrouvent sur une estrade de deux mètres de profondeur alors qu’ils sont enfermés dans la mise en scène de leur professeur.


Comment s’est déroulé l’audition du premier tour ?

Pour le concours en lui-même, j'ai essayé de m’amuser. J’ai pris un grand plaisir sur scène, j’ai ressenti une émotion qui ne s’est pas reproduite depuis, en trois ans de Conservatoire. C’est une sensation physique assez puissante. Les gens qui m’accompagnaient, eux, flanchaient, moi je faisais des blagues, j’étais euphorique. Et puis j’ai été prise d’un trac monstrueux un quart d’heure avant mon passage alors que j’avais tenu bon jusque-là. J’ai eu les jambes qui tremblent, j’ai eu froid. Je me suis réchauffée en sautant. J’ai transformé ma peur en un terrorisme excité, alors que les gens qui se préparent ont d’avantage besoin de calme. Ce qui fait que sur scène, j’avais de l’enthousiasme pour jouer.

L’audition avait lieu dans une salle du premier étage, on attendait dans l’escalier, il y avait beaucoup de retard. Les gens avaient des têtes hallucinantes, surtout les répliques qui en général ont peur de se tromper. J’aime jouer avec la peur. C’est une sensation physique. Moi, je n’étais pas dans un processus de comparaisons. Je voyais les autres candidats passer leurs scènes sur un petit prompteur dans le hall. Je me suis alors rendue compte que certains candidats avaient un désir hyper cérébral. C’est un effet du concours aussi. Certains ne s’amusaient pas du tout. Pourtant on avait la chance de jouer dans un cadre magnifique, un petit théâtre en bois du XVIIe siècle.

Je suis partie rassurée, je savais que c’était bon. Je crois que le premier tour est un tour de personnalité. "Ils" veulent voir où est notre désir de théâtre.


Et le deuxième tour ?

Au deuxième tour, j’ai présenté le même monologue et Le Mariage forcé de Marivaux en scène classique.

Les jurés, on les voit dans la salle. Je regardais furtivement. J’ai vu Jacques Lassalle outré par ma scène de Marivaux parce que j’ai chanté la Marseillaise alors que la Marseillaise avait été écrite cinquante ans plus tard. Lors du stage qui précède le troisième tour, il m’a reproché cet anachronisme, mais c’était exprès.


Justement, entre le deuxième et le troisième tours, les candidats retenus suivent un stage. En quoi consiste-t-il ?

Pour moi, le stage a été très étrange. Jacques Lassalle parlait tout le temps, on avait du mal à ouvrir la bouche et à se faire entendre. Je n’ai pas fait grand chose. Finalement, il a bien fait. C’était plus une façon de nous montrer comment ça allait se passer. Par contre, j’ai trouvé choquant qu’il y ait des personnes prêtes à tout pour être prises. Il y avait un côté très “petit soldat” très dérangeant. C’est peut-être normal du fait qu’ils prennent des gens de plus en plus jeunes. Et cela donne de drôles de comportements. Ça ne m’a pas plu du tout. Au cours du stage, j’ai sympathisé avec une fille, Johanna Carla Maltès, qui était tout à fait d’accord avec moi. Elle a également réussi le concours. Pour le troisième tour, j’ai présenté une scène du Nouveau Menoza de Jakob Lenz. Tout de suite après avoir été reçue, j'ai pris un congé d’un an pour jouer dans une pièce de théâtre. Les élèves avec qui j’ai passé le concours d’entrée étaient déjà en deuxième année quand j’ai commencé le Conservatoire, mais j’ai retrouvé Johanna qui avait fait la même chose que moi.


Finalement, que vous ont apporté vos trois ans au Conservatoire ?
Le Conservatoire offre la possibilité de travailler avec de grands metteurs en scène : on choisit les textes qu’on veut travailler, on dispose d’une magnifique bibliothèque où n’importe quel livre est accessible rapidement. Ce sont des conditions de travail exceptionnelles pour un jeune comédien. La première année, j’ai beaucoup regardé, j’étais plus contemplative qu’active. On apprend à chanter, à danser, cela donne une assise, la confiance. Mais je crois que le jour où j’aurai la confiance totale, je ne ferai plus ce métier.


Auparavant, la Comédie-Française était l’étape suivant le Conservatoire. Imaginez-vous y entrer un jour ?

L’avenir pour l’instant, c’est plus le cinéma que le théâtre. Je dois également passer des auditions au JTN*, mais je n’ai aucun projet pour le moment, car le théâtre demande un engagement d’au moins six mois à l’avance. Ça m’aurait plu d’aller à la Comédie Française. Je ne connais Marcel Bozonnet (le prochain administrateur) qu’en tant que directeur du Conservatoire, je l’ai très peu vu. Il faudrait qu’un metteur en scène me demande de jouer dans une de ses pièces pour entrer dans la maison de Molière.


Jeune Théâtre National : lieu d’audition pour les élèves du Conservatoire. Le JTN rémunère les comédiens qui sont engagés.

Août 2001



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