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monptitcoinamoi Description du blog :
Actualité brûlante, infos rigolotes et croustillantes, reportages cocasses, interviews inédites. Catégorie : Blog Actualité Date de création :
17.07.2007 Dernière mise à jour :
16.06.2008
Kandahar de Mohsen Makhmalbaf crée l’événement à Cannes. En filmant l’immontrable, le réalisateur iranien met le projecteur sur un pays qui résiste, en partie grâce à la survie du cinéma.
La prise du pouvoir par les Taliban a fait régner la peur sur Kaboul, mais a également engendré une résistance muette. Bien que le cinéma, la télévision et les vidéos sont interdits, les Kaboulis les plus téméraires réussissent à se tenir au courant sur les dernières productions. Les vidéos en provenance du Pakistan se visionnent en cachette. Un film sorti en Inde met environ un mois à entrer en Afghanistan.
Ce commerce illicite est la source du phénomène Titanic qui s’est emparé de la capitale afghane. Depuis plus d’un an, la vidéo circule sous le manteau et beaucoup voient en ce film le symbole de leur pays en perdition. Un engouement que les Taliban ne parviennent pas à endiguer.
Si le cinéma entre clandestinement en Afghanistan, il sort de la même façon. Les quelques films ou documentaires existant sur ce pays depuis l’arrivée des Taliban se comptent sur les doigts de la main. Christophe de Ponfilly y retourne régulièrement depuis 20 ans. En 1998, il a ramené de la vallée du Panjshir Massoud l’Afghan, un portrait du Commandant Massoud, héros de guerre charismatique.
« Josiane trompe Jean-Michel, Jean-Michel va s’en plaindre à Pierre, et tout le monde finit au restaurant. » C’est en ces termes qu’un producteur allemand a résumé sa vision du cinéma français à Catherine Hertault, scénariste du film Pourquoi maman est dans mon lit ?. Les scénaristes français sont les premiers à s’alarmer face à la détérioration de l’écriture cinématographique en France. Ils dénoncent en priorité un dramatique manque de moyens, une mauvaise gestion du système et surtout la frilosité des instances politiques.
Pour combattre ce mal-être récurrent, la ministre de la Culture, Catherine Tasca, vient d’adopter 4 mesures inspirés par le rapport Gassot sur l’écriture et le développement du scénario. Le rapport du célèbre producteur français constate l’ampleur des dégâts. Le cinéma n’investit que 2 % du budget total d’un film dans l’écriture du scénario en France, le tiers des sommes consacrées à la promotion. En comparaison, le cinéma américain investit 10 % dans l’écriture. En conséquence, la tâche des scénaristes est dévalorisée, ils sont mal payés.
« En France, il y a cette notion que tout le monde écrit et que l’écriture ne vaut rien, affirme Thierry Bourcy, scénariste pour la télévision. Or, il est normal de dépenser de l’argent pour l’écriture. Quand ce sera rentré dans les mœurs, tout le monde sera plus décontracté. » Il existe un réel mépris pour l’écriture de l’industriel en France et un manque de formation flagrant.
Le statut de scénariste ne figure même pas dans la nomenclature des métiers du cinéma formulé par le CNC*. L'ANPE le place dans la catégorie des « écrivains ». Il ne possède donc pas de statut professionnel. Se lancer dans l’écriture d’un scénario à l’heure actuelle est un projet risqué, qui laisse apercevoir peu de lendemains qui chantent. En effet, la plupart des auteurs ne dépassent pas le SMIC. Un tiers des films français sortis en 1999 (50 sur 150) ont assuré un revenu inférieur ou égal à 200 000 F à l’auteur du scénario. Quand on sait qu’un scénariste produit rarement plus d’un scénario par an et le plus souvent en collaboration, le salaire s’élève à 100 000 F par an et par auteur, soit 8 000 F bruts par mois, pour un scénariste actif sur trois.
Le ministère de la Culture prévoit la création d’un bureau d’accueil au sein du CNC visant à orienter et informer les auteurs sur les aides accordées par différents organismes. Thierry Bourcy approuve en arguant que cela faisait longtemps qu’il réclamait une synthèse des aides disponibles et une réelle communication sur le sujet.
25 bourses du premier scénario, dotées de 40 000 F chacune, seront remises chaque année. Pour Catherine Hertault, « c’est faire une pratique d’Etat d’une pratique qui a déjà été proposée de façon individuelle par des organismes professionnels. » L’écriture demande du temps, de l’investissement personnel et un soutien financier constant. 40 000 F semble une aumône pour des auteurs qui en sont souvent pour leur frais.
Un soutien financier à l’écriture à hauteur de 80 à 150 000 F a été voté. Parallèlement, un relais financier pouvant atteindre 500 000 F a été prévu pour les producteurs ayant déjà investi dans un projet. Pour Catherine Hertault, c’est un vrai engagement politique. « Mais il faut être vigilant sur la façon dont cela va se passer. Quelles sont les personnes qui vont composer les jurys et sur quelles bases elles vont se décider. Le choix d’un script est extrêmement subjectif. Au CNC, de vieilles habitudes ont été prises. Tout dépend du matériau de base demandé aux auteurs pour une candidature. »
Ce financement est cependant contestable du fait qu’il ne sera accordé qu’aux seuls scénaristes ayant déjà écrit pour le cinéma. Thierry Bourcy dénonce l’ostracisme exercé à l’encontre des auteurs du petit écran. « N’importe quel scénariste qui aura écrit le pire des nanars pourra en bénéficier. C’est toujours la même mafia qui va prendre l’argent. » Il serait dès lors encore plus difficile de passer de la télévision au cinéma. Thierry Bourcy envisage donc de protester avec le syndicat… ou de demander la bourse du premier scénario. « Après 16 ans de carrière, ça pourrait être drôle ! »
* Centre National de la Cinématographie : organisme d'Etat qui dépend du Ministère de la Culture
Le festival "Un été en Iran" propose aux Parisiens le dépaysement et la découverte d'un autre cinéma.
L’Iran s’invite pour l’été à Paris. L’Espace Saint-Michel accueille depuis hier onze films de sept réalisateurs iraniens. Les films évoquent courageusement, sans complaisance mais sans apitoiement, l’Iran post-Khomeiny, le conflit inévitable entre une société avide de changement et une communauté fondée sur les traditions. Toutes les minorités sont représentées, les réfugiés, les victimes de guerre, les femmes.
Cible privilégiée de la misère, de la folie et de la bêtise des hommes, les enfants sont souvent prétexte à brosser le portrait d’un pays qui vacille. "Le petit homme" d'Ebrahim Foruzesh évoque le destin d'un enfant qui se propulse dans le monde des adultes pour subvenir aux besoins de sa famille. Un monde incompatible avec sa vie de petit garçon.
L'Iran d'aujourd'hui, ce sont des femmes qui voudraient prendre leur place dans la société, sortir des maisons, participer à l'effort économique et qui sont finalement refoulées dans l'ombre du mari, comme Ibrahim Mokhtari le raconte dans La Contrainte. Les problèmes entre Zinat et Hamed ne feront que commencer après que la jeune femme ait cédé à la contrainte.
Les films, dans leur sujet et leur traitement, sont proches de la veine néo-réaliste. Mohsen Makhmalbaf ne manque d'ailleurs pas de faire un clin d'œil au voleur de bicyclette de Vittorio de Sica en faisant pédaler Nassim, pendant sept jours, pour gagner l'argent qui lui permettra de soigner sa femme.
Pays mal connu, qui suscite encore la méfiance, l'Iran vit d'abord son ouverture sur l'Occident à travers un cinéma inventif, débrouillard, proches de ses personnages. L'Iran est à portée du cœur pendant trois semaines à l'Espace Saint-Michel.
Un été iranien
Espace Saint-Michel, 7 place Saint-Michel, 75005 Paris
Prix des places:42 F, tarif réduit:32 F, forfait 5 films pour 100 F
Renseignements au 01 44 07 20 49
Pour son retour au cinéma, Benoît Poelevoorde nous gratifie de ses dons de scénariste. Il a en effet co-écrit Les portes de la gloire, le premier film de Christian Merret-Palmair, réalisateur des Cahiers de Monsieur Manatane sur Canal +. Un film drôle et émouvant, un miroir où il ne fait pas toujours bon se regarder.
Des rues pluvieuses et lugubres, des zones pavillonnaires à n’en plus finir : le nord de la France. Christian Merret-Palmair nous entraîne dans ce décor glauque pour suivre les aventures d’un dilettante qui fera son chemin. Jérôme Le Tannec (Julien Boisselier, inconnu mais prometteur) fait ses débuts dans le porte à porte pour les éditions Pégase. Il est par ailleurs, le futur beau-fils du boss (magnifique Jean-Luc Bideau). Supervisé par trois VRP au look tel qu’on pourrait les croire sortis d’un film de Bertrand Blier, le voilà confronté aux dures réalités d’un métier ingrat où la porte vous claque souvent au nez. Leur petit groupe est chapeauté par Demanet (l’inénarrable Benoît Poelevoorde), un manager psychotique qui s’identifie au Colonel Nicholson du Pont de la rivière Kwaï.
Moineau, fan invétéré de Michel Sardou, macho et franchouillard (Yvon Back, décalé), Sergent, cinquantenaire râleur et blasé (Etienne Chicot, égal à lui-même) et Balzac, doyen appliqué (Michel Duchaussoy, un vrai bonheur) trimbalent à leur suite ce trentenaire hésitant et maladroit. Nos compères sont chargés de vendre une encyclopédie en cinq volumes écrits par le philosophe Ralph Spiegel, censée avertir le public des dangers qui guettent la planète. Leur commerce repose entièrement sur la crédulité des gens qui cloîtrent leur misère derrière les volets.
Le film est une succession de saynettes passionnantes. Demanet est un personnage tout en contradictions, touchant et irritant à la fois, on s’attendrit sur les déconvenues du néophyte qui a bien du mal à se plonger dans le bain. Les répliques trempées d’humour belge font mouche. Demanet jette un coup d’oeil sur la photo de la fiancée de Jérôme : “Elle a une grosse tête”. Moineau conserve religieusement un poil pubien appartenant à Michel Sardou : “Tu l’as vu tomber de sa bite ?”
La réussite du film réside dans le fait que l’on ne s’apitoie jamais ni sur la bêtise, ni sur la malchance des personnages. Le drame côtoie quasiment en permanence la comédie dans un mariage assez inégal mais réjouissant. Les gags paraissent avoir été plaqués à la va-vite sur la trame narrative. Cependant, on peut regretter une certaine absence de légèreté dans le propos. On rit, mais on rit gras. On passe malheureusement totalement à côté de la satire comico-réaliste qui fait la gloire des cinéastes britanniques.
De ce fait, la surenchère dans le burlesque et le jeu outré de Benoît Poelvoorde sont plutôt à déplorer. Drôle, il n’en est pour autant pas crédible. Sa dérive mentale nous semble lointaine et inaccessible. Les références cinématographiques au Pont de la Rivière Kwaï et à Taxi Driver sont bienvenues, mais le décalage comique ne tient plus la route face à la retenue et la nuance d’un Etienne Chicot vitaminé et d’un Michel Duchaussoy plus vert que jamais. Benoît Poelevoorde ne devait pas jouer le rôle de Demanet au début du projet. Il aurait en effet mieux fait de s’abstenir. Sa prestation déséquilibre l’ambiance qui hésite entre franche poîlade, humour noir et drame social.
C’est bien là le seul défaut que l’on puisse trouver à ce premier film de qualité. Nul doute que ce début prometteur augure d’une belle carrière dans le cinéma français. Voilà un cinéma d’hommes, un cinéma humain à hauteur du regard.
Les Portes de la Gloire, sorti le 13 juin 2001 sur les écrans.
Patrice Chéreau a sorti son dernier film il y a quelques semaines. Gabrielle, adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad intitulée Le Retour, a été présenté à la Mostra de Venise où Isabelle Huppert a reçu le prix d’interprétation. Alors que la nouvelle ne dessinait du personnage de la femme qu’une silhouette, Chéreau l’étoffe au point du lui donner le rôle titre de son film.
Le film relate le déchirement d’un couple dans le Paris bourgeois du début du siècle dernier. Installé dans un monde de conventions, l’homme tire une certaine autosatisfaction du bilan de ses dix années d’union avec son épouse. Il dit connaître toutes ses pensées, il dit qu’elle n’a aucun secret pour lui. « Gabrielle et moi n’avons pas d’intimité. Nous n’en avons pas besoin. Il me suffit qu’elle dorme dans la même chambre que moi, dans un lit à côté du mien avec deux tables de nuit. » La scène d’introduction qui illustre la voix off du mari montre une Gabrielle mondaine, lors d’un de leurs fameux dîners, un peu raide, comme un beau bijou dans son écrin. Le film commence lorsque l’homme rentre chez lui et trouve une lettre de sa femme. Elle lui annonce qu’elle a un amant et qu’elle le quitte. L’homme s’effondre. Soudain, elle revient.
« Si j’avais cru que vous m’aimiez, jamais je ne serais revenue. », « Cette phrase est complètement énigmatique mais elle est vertigineuse », commente Chéreau. Avec l’aide de sa co-scénariste, il propose sa version des faits et se plaît une fois de plus à explorer minutieusement les âmes pour y débusquer des brèches dans lesquelles s’immiscer. La femme est malheureuse et fragile, mais elle se révèle aussi forte, exigeante et cruelle sans la moindre animosité. Victime, elle est aussi bourreau et demeure pourtant prisonnière de son époque, ne franchit pas la dernière limite. C’est le retour perpétuel au couple, à ce schéma infernal qui semble si inconciliable avec la nature humaine et pourtant auquel la nature humaine s’accroche désespérément.
Partant d’un banal adultère, le film transforme le vaudeville en drame. L’homme se retrouve confronté à une femme qu’il ne connaît pas, une femme moderne, en avance sur son époque. La découverte lui est insupportable. Ses certitudes vacillent, son monde est en train de s’effondrer.
Comment alors ne pas être touché par l’actualité du film, comment ne pas se retrouver dans ces personnages qui tous deux semblent animés par le besoin d’amour ou de reconnaissance ? Et comment ne pas s’interroger sur soi-même ? « Je ne me rendais pas compte à quel point il était encore possible de dire des choses sur un homme et une femme, la séparation, la passion naissante et destructrice, les manières de vivre à deux. Ce que le film nous raconte, de la désagrégation du couple est encore inédit.», explique Isabelle Huppert. « Une femme qui résiste, je l'avais déjà rencontrée. Une femme révélée à elle-même, aux confins de la plus grande douceur et de la plus extrême cruauté, moins souvent. »
Grâce à une mise en scène très cinématographique, Patrice Chéreau évite l’écueil du théâtre filmé auquel auraient pu le confiner des dialogues éblouissants et un huis-clos quasi continu. L’utilisation des incrustations, des flash-back, du passage du noir et blanc à la couleur déstructurent le film tout en lui donnant une autre cohérence. Nous ne sommes pas au théâtre certes, mais nous sommes au cinéma, en littérature, les bras s’agitent, les bouches crient mais aucun son ne nous parvient. La confrontation n’en est que plus suffocante, plus haletante, plus saccadée. On retrouve dans Gabrielle l’amour de Chéreau pour les corps, tel qu’on pouvait le voir, totalement sublimé dans Intimité. Ici l’homme est enfermé dans le carcan de son costume sombre et la femme totalement entravée par corset, jupons, bas, chemise. A l’inverse d’Intimité où les corps dénudés se couvraient au fil des scènes d’amour jusqu’à faire l’amour totalement habillés, ici le corps de Gabrielle se dévoile toujours plus jusqu’au don total de soi, sans impudeur, sans défi mais sans amour.
« Isabelle Huppert est une magnifique machine à jouer. » a dit Patrice Chéreau. Filmée comme si elle posait pour un tableau, elle offre son visage et son corps sur lesquels le peintre Chéreau dessine sa Gabrielle. Pascal Greggory démontre une fois de plus qu’il est un grand acteur, splendide dans la déchéance comme il le fut déjà il y a quelques années dans le rôle de Branwell Brontë aux côtés de la même Isabelle Huppert.